"Ton tatoueur c'est un passeur"

“Ton tatoueur c'est un passeur. Il a les clefs pour te faire accéder à un autre univers. Au fil du temps, si tu entreprends de longs travaux, il va devenir ton confident. Forcément, quand tu montres tes fesses, tu as plus de facilités à dévoiler ton âme. C'est pour ça qu'il ne faut pas se tromper.”
“Le jour de mon premier tatouage, j'ai eu une grosse montée d'adrénaline. Le grésillement de l'aiguille pénétrant et déflorant ma peau vierge a mis fin à une longue attente. Vous noterez que le vocabulaire emprunté est très proche de celui utilisé en amour : pénétrer, déflorer, vierge... la comparaison est audacieuse mais non dénuée de fondement. Si tu regardes de plus près, et pour caricaturer, grosso merdo, t'as un actif et un passif, tu te déshabilles, tu t'allonges. Il y a également des préliminaires. On te nettoie le corps avant d'y appliquer un dessin, ton partenaire enfile des préservatifs au nombre de dix... un par doigt. Pour donner le change, ils sont cousus entre eux ; on appelle ça des gants mais personne n'est dupe. Il t'envoie une décharge de liquide sous la peau par le truchement de son gros appareil. Il utilise même un peu de vaseline pour que ça glisse mieux. Il te dit de te détendre - surtout si t'es mignonne -, que ça va bien se passer, que la première fois c'est toujours douloureux mais qu'ensuite c'est que du bonheur. Quand c'est terminé, il te regarde dans les yeux en fumant une cigarette : "T'as aimé ?" Il te propose même de revenir : c'est que lui aussi y a pris du plaisir !”

Extrait du spectacle "L'homme tatoué" de Pascal Tourain.
Texte paru aux éditions du Yunnan, 2004 :


"Miss Tattoo"

“Miss Tattoo a souvent...
L'envie d'être seule
Miss Tattoo ne veut pas...
Que l'on décide pour elle

Miss Tattoo se détend...
En faisant des prières
Miss Tattoo est entière...
Ne peut cacher sa colère

Miss Tattoo ne ressent
Les aiguilles en plein coeur
Miss Tattoo se surprend
A aimer la douleur

Les oeuvres d'art sont souvent...
Inertes et sans saveur
Miss Tattoo est vivante...
Sa peau change de couleur

Un symbole d'espoir réconfortent....
Des têtes de mort en pleurs
Des signes bleutés se mélangent...
Des dragons se changent en fleurs

Miss Tattoo ne ressent
Les aiguilles en plein coeur
Miss Tattoo se surprend
A aimer la douleur

Miss Tattoo se lamente...
Elle traite les hommes de tantes
Miss Tattoo ne supporte plus...
Leur amour en toc

A la limite elle se plante...
Sur leurs sexes adultères
Mais jamais elle ne vous dira...
Qu'elle a le coeur qui saigne”

Oberkampf, extrait de l'album "Animal factory", 2003.





"Tatouages"

“Un dragon tatoué
Un navire de Vikings
Le visage d'une fée
Des boxeurs sur un ring
Une fleur, une épée
Quelque part, dessinées
Un soldat blessé
Sur une plage à Hué
Cascade japonaise
Sur des épaules anglaises
Histoires Samouraï
Sur un dos Yakuza
Une carte du Viêt-Nam
Sur le bras d'un ancien
Le dessin d'une femme
Fiancée ou putain

Tatouages...
Esprit de revanche
Marque de souffrance
Poignard de vengeance
Signe de la chance !

Une hirondelle libre
Sur le torse d'un jeune Tigre
Orange Mécanique
Sur le coeur d'un Maltchick
Une ligne pointillée
Sur un cou prisonnier
Un lézard caché
Dans quelque coin osé
2 marteaux croisés
Sur un crâne rasé
Calvaire des voyous
Sur un ancien marlou
Sigle militaire
Sur un bras légionnaire
Un coeur enflammé
Couvert de barbelé

Tatouages...
Esprit de revanche
Marque de souffrance
Poignard de vengeance
Signe de la chance !

Seigneurs de la guerre
Ou bien marins en mer
Des moines-guerriers
Aux vielles femmes d'Alger
Ils gardent à jamais
Tout un jardin secret
Une parcelle de toi
Qui ne s'efface pas !

Tatouages...
Esprit de revanche
Marque de souffrance
Poignard de vengeance
Signe de la chance !”

Molodoï, extrait de l'album "Royaume de jeunesse", 1992.





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Dans "Crying Freeman" et "Le Pacte des loups", c'est l'acteur Mark Dacascos qui porte les faux tatouages réalisés pour les besoins du film.
"Sur sa peau, là, en plein milieu du dos"

“Il me tourne le dos, retire son tee-shirt.
J'en ai le souffle coupé.
Le choc est rude, je tombe si lourdement sur ma paillasse que mes vertèbres en ont un choc, pendant quelques secondes je crois qu'il s'agit d'un rêve, je sens mes lèvres s'entrouvrir malgré moi, mes sourcils s'entrechoquent presque.
Groover, lui, ça le fait sourire.
Il a l'habitude que les gens ouvrent des yeux comme des billes, il en joue et n'hésite pas, la première occasion venue, à se mettre torse nu pour vous en mettre plein la vue, il y a quelque chose de pathétique en lui, comme une femme qui ne peut s'empêcher de montrer autour d'elle le magnifique bijou qu'elle porte au doigt.
Il m'est impossible, chaque fois que je le vois, de ne pas ressentir ce mélange de facination et de dégoût, il paraît que le type qui a fait le travail y a passé plusieurs semaines, Groover me dit que c'est en souvenir de sa mère.
Sur sa peau, là, en plein milieu du dos.
Un papillon.
De ma vie je n'en ai vu d'aussi beau, le corps sombre de l'animal s'étire jusqu'à la chute des reins, ses ailes dépliées s'étendent des épaules à la rondeur des hanches, le dessin est parfait, lumineux, les couleurs éblouissantes, noir et violet, les lignes pures et harmonieuses [...].”

Extrait du roman noir "Sur le dos, un papillon" de Corinne Naa, éd. Michel Lafon, 2002





"L'homme qui aimait les seins"

“Je ne restais pourtant pas figé sur une conception classique du sein, bien au contraire. Délices que les rencontres avec des seins tatoués, qui toujours racontaient une longue histoire, voyages initiatiques qui m'étaient dévoilés et dont je devenais partie prenante. Des dragons surgissaient d'un temple, des oiseaux de paradis volaient sur fond de paysage tropical, des tigres erraient dans une jungle dans laquelle je me fondais non sans hésiter tant les tatouages semblaient prendre vie. Une de ces amies de voyage avait des yeux tatoués sur les seins. Leurs pointes, incrustées d'émeraudes, en étaient les pupilles. L'eau des pierres était si pure que je m'y plongeai avec la sensation d'entrer dans un kaléidoscope.”

Extrait d'une nouvelle de Fred Alpi


photos : Yann Derais



"c'est quelque chose qu'il faut assumer"

“Ce que j'aime, c'est que c'est quelque chose qu'il faut assumer. Beaucoup de gens se représentent le tatouage comme quelque chose d'horrible, de négatif, de terrifiant. Moi, je ne trouve pas. Je pense que c'est un désir plus ou moins conscient de l'homme de retourner à quelque chose d'essentiel. Les gens qui se font tatouer se servent de leur propre corps comme d'un canevas, pour dessiner quelque chose, et c'est intéressant. En cela, ça rejoint tous les thèmes du dessin, de la représentation graphique etc. Et moi qui adore la chorégraphie, le mouvement du corps, je trouve génial que des gens se servent de leur corps pour concrétiser, dire quelque chose.”

Christophe Gans, réalisateur de "Crying Freeman" et du "Pacte des loups", interviewé par Mark Godin pour Tatouage Magazine n°27 (juillet/août 2002)



"Pesant parchemin"

“Chaque mot entendu imprime son encre, sur ma peau
Chaque regard croisé plante des aiguilles, sous ma peau
Chaque silence incompris dessine des dragons, sur ma peau
Chaque main serrée inscrit son empreinte, sous ma peau

Mots légers, regards passagers,
Prenez garde à ne pas me frôler !
Silence évaporé, main sans lendemain,
Tenez vous au loin !

Le temps se fige à mon abord
Comme un papillon pétrifié
L'instant se grave sur mon corps
Je suis une femme tatouée”

Taloola, mercredi 28 août 2002. Lu sur Pangée

Page modifiée le 21/12/2008 (mise en ligne le 15/12/2002)
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