La douleur liée au tatouage...
David Le Breton, dans son ouvrage "Signes d'identité" décrit bien cette douleur :

“Les premiers moments d'un tatouage, surtout, sont difficiles par l'insolite d'une sensation pénible envahissant le point de travail, ensuite la douleur s'atténue, elle demeure cependant et devient de plus en plus insupportable au fil des heures.”
“Certains lieux du corps sont plus douloureux que d'autres [...].”
“Si elle est parfois relevée, la pénibilité du tatouage est nuancée par la plupart des clients. La douleur est un échange paradoxal entre le client et le tatoueur, elle est à la fois consentie par l'un et infligée par l'autre. Un lien subtil est ainsi créé qui imprime en profondeur la mémoire de l'évènement, et suscite même parfois un sentiment fort de contact avec le tatoueur. La douleur traduit l'intensité de la rencontre avec l'opérateur. Elle est sublimée par le processus qu'elle accompagne, la métamorphose qu'elle annonce, la satisfaction d'accomplir enfin une action longtemps attendue, elle en accentue même la valeur en en faisant durablement un moment d'exception puisqu'il s'agit de modifier définitivement la forme ou l'apparence du corps et d'autre part d'accepter les yeux ouverts la douleur sans s'y dérober.”
Mal... comment ?

Le tatouage, ça fait moins mal qu'on pense et beaucoup plus qu'on l'imagine. En fait, ce que tu ressens, ça correspond au martèlement d'un stylo à pointe fine s'enfonçant à toute vitesse dans la chair. C'est le principe de la machine à coudre. Il y a des zones supportables et d'autres où tu fais moins le malin.”
Extrait du spectacle "L'homme tatoué" de Pascal Tourain, texte paru aux éditions du Yunnan, 2004

Il semble plutôt que chaque candidat au tatouage tâche de relativiser la douleur perçue à sa façon, notamment en se fondant sur des arguments "psychologiques", comme par exemple : c'est plus "désagréable" que franchement douloureux ; c'est une épreuve nécessaire pour mériter le tatouage ; la douleur renforce le souvenir de la marque...

“La douleur est une sensation désagréable, associant des expériences émotionnelles, physiques et psychologiques. Elle dépend de la stimulation et de la façon dont on l'interprète, en fonction d'une humeur et des expériences antérieures.”
Citation du Docteur Boulu - neurologue - lue dans Tatouage Magazine]

Ses mécanismes ne sont que partiellement expliqués par la science. Une certitude cependant : nous ne sommes pas égaux face à la douleur.
Lors du premier tatouage, on accumule un certain stress et la surprise de la sensation... C'est alors souvent le début d'une longue série, où chacun gère la douleur à sa façon... ou bien c'est le dernier et plus jamais on ne voudra revivre ce "mauvais moment" !



La douleur, partie intégrante du tatouage

Pour certains, la douleur revêt un caractère rituel. De là à prétendre que cette douleur est recherchée et apporte du plaisir à la personne qui s'y soumet... cette attitude sado/maso existe peut-être mais ne concerne qu'une infime part des tatoués !
La plupart des candidats au tatouage estiment simplement que se faire tatouer étant un acte volontaire, la douleur n'est pas "subie" comme pour un accident. "Sentir" le tatouage fait partie de la démarche... Supprimer la douleur revient à banaliser l'acte.

Un tatouage, ça se mérite. Indolore, ça reviendrait, si t'étais alpiniste, à te faire poser en hélicoptère sur le sommet de l'Himalaya pour planter ton petit drapeau sans que tu aies eu l'escalade à effectuer. Où serait le plaisir ? [...] C'est une épreuve initiatique non pas que tu t'infliges mais que tu t'offres.”
Extrait du spectacle "L'homme tatoué" de Pascal Tourain, texte paru aux éditions du Yunnan, 2004



Bien vivre la douleur pendant la séance

Il existe quelques traitements médicamenteux, mais la plupart d'entre eux ne peuvent être utilisés que sous contrôle médical et ne doivent être choisis qu'exceptionnellement, pour répondre à des cas particuliers.

Certains tatoueurs utilisent un produit tel que l'Emla® (crème ou patch) : il s'agit d'un anesthésique local, délivré sur ordonnance. Le recours à un tel produit est à déconseiller pour plusieurs raisons :
Il ne peut pas s'appliquer aux grandes pièces : ce produit est destiné à prévenir la douleur dans un environnement hospitalier ou infirmier pour des actes tels que prise de sang, piqûre, pose d'un cathéter, ou actes chirurgicaux superficiels, autrement dit pour des surfaces de peau très réduites (moins de 10 cm2) ;
Hors du contexte médical, son utilisation est fastidieuse : la crème doit être appliquée 1 heure avant l'acte, l'effet anesthésique étant optimal 2 heures après l'application. Au-delà de cette durée, l'effet diminue et disparait 4 heures après l'application initiale. Ces durées varient par ailleurs en fonction de la dose appliquée et de l'épaisseur de la peau. Et lorsque l'effet anesthésique disparait... la peau devient encore plus sensible ;
C'est un produit à utiliser avec beaucoup de précaution : il est indispensable de bien connaitre les contre-indications, les précautions d'emploi, les interactions médicamenteuses, ainsi que les risques en cas de surdosage. ;
Plusieurs tatoueurs ont constaté une modification de la texture de la peau après application, occasionnant une gêne pour leur travail et des conséquences possibles sur l'aspect des couleurs après cicatrisation...

L'homéopathie peut éventuellement constituer un bon compromis : vous pourrez vous renseigner auprès de votre pharmacien sur ce point.

Dans des cas rares et extrêmes (séances de plusieurs heures de travail), il arrive que des tatoueurs aient recours à la morphine : mais en aucun cas ce n'est à lui de procéder au dosage et à l'injection ou l'ingestion ! (cela relèverait de l'exercice illégal de la médecine... ou du trafic de stupéfiant).

Le meilleur remède reste le mental. Un moyen de limiter la douleur consiste à maintenir ses muscles entièrement détendus tout au long de l'exécution. Le stress individuel exerce par ailleurs une grande influence, tant sur la douleur que sur la facilité de prise de la couleur durant la réalisation du travail. Mieux vaut donc éviter de se faire tatouer en période de nervosité extrême.
Pour préparer une séance de tatouage sereine, l'idéal est de se présenter bien reposé, normalement nourri, et détendu.
Inutile de recourrir à l'aspirine ou à l'alcool : ces derniers peuvent fluidifier le sang et accentuer le saignement de la zone à tatouer, ce qui peut gêner le travail du tatoueur. Par extension, ne prenez aucune substance psychotrope (médicaments, drogues douces ou autres), tout simplement pour être parfaitement clair pendant la séance !



Tatouage électrique versus tatouage manuel

Avec un dermographe, la douleur, intense dès les premiers coups d'aiguilles, s'atténue au bout de quelques minutes grâce à vos endorphines - substances sécrétées par le cerveau et présentant les propriétés antalgiques de la morphine - : beaucoup comparent alors la sensation à une sorte de brûlure diffuse ou de picottement accentué. Les endorphines cessent de faire effet si la séance dure plus de 3 ou 4 heures : au-delà, la résistance varie d'un individu à l'autre, mais il faut aussi compter sur la capacité de concentration du tatoueur !
Le tatouage à la main reste une pratique assez rare comparé au tatouage piqué à la machine, mais il est pratiqué de manière traditionnelle dans certaines parties du monde, et on peut en voir des démontrations dans la plupart des conventions de tatouage européennes. Les séances sont toujours spectaculaires, même si les outils varient en fonction de la technique : peignes à tatouer (Polynésie), hari ou bambou (Japon)... Ces méthodes fascinent mais tous les témoignages sont d'accord : elles sont particulièrement douloureuses. Mieux vaut donc être bien préparé pour une telle expérience !



“Il était assis à côté d'elle, tel un grand et massif écolier studieux penché sur ses devoirs, la machine ronronna doucement, puis elle entendit le léger crissement de l'aiguille pénétrant dans la chair. Oh, nom d'un chien, dit-elle après quelques minutes, j'avais oublié combien ça fait mal.”
Lu dans "Peau d'encre" de Bernard Blangenois © Editions Robert Laffont, Paris, 2001
Sondage : "La douleur liée au tatouage..."
Sources :
"La douleur", Tatouage Magazine n°3 (1998)
"Tatouage en l'an 2000 : allégorie ou décoration", mémoire de psychologie sociale réalisé par Isabelle Poggioli (1999/2000) [Voir "Petit tour du monde"]
"Signes didentité : Tatouages, piercings et autres marques corporelles" de David Le Breton © Editions Métailié, 2002
"L'homme tatoué" de Pascal Tourain © Editions du Yunnan, 2004

Page modifiée le 24/01/2009 (mise en ligne le 15/12/2002)
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