avis du CSH Belge. 31 janvier 2002


L'avis ci-contre a été émis par le Conseil Supérieur d'Hygiène de Belgique durant sa séance du 31 janvier 2002.

La Belgique a officiellement encadré la pratique du tatouage et du piercing par arrêté royal du 25 novembre 2005.
Avis du Conseil Supérieur d'Hygiène relatif aux recommandations à faire aux tatoueurs [...] en matière d'hygiène de leur instrumentation pour éviter la transmission des maladies infectieuses et surtout virales
(CSH-HGR n° 7674)

1. Cadre général de la problématique :

Le Conseil Supérieur d'Hygiène a reçu, le 18.01.02, émanant directement de Madame la Ministre M. Aelvoet, Ministre de la Santé publique, de l'Environnement et de la Protection de la Consommation une demande d'avis concernant les mesures qui peuvent être prises pour protéger toute personne désirant se faire tatouer [...].
En introduction à ce courrier, Madame la Ministre fait remarquer qu'il n'existe pas à l'heure actuelle de réglementation spécifique en la matière. [...]
La question précise posée [ici] ne concerne [...] pas, directement ou indirectement, les aspects toxicologiques - et autres - des encres et colorants utilisés dans ces pratiques.


2. Recommandations :

[...]
[Concernant notamment le tatouage] Comme la finalité n'est pas d'améliorer la santé, mais se limite à un bénéfice purement esthétique, a fortiori, les exigences devraient être au moins égales à celles qui s'appliquent à l'art de guérir c'est-à-dire utilisation de matériel à usage unique, la re-stérilisation de petit matériel n'étant plus admise par les normes européennes.
Ceci concerne particulièrement les aiguilles et, à l'instar des bistouris dont les lames sont changées après chaque usage, toute partie d'instrument qui perce la peau ou les muqueuses doit être jetée après usage.
Les encres utilisées posent d'autres types de problèmes. Elles devraient en tous cas se présenter en doses individuelles. Leur stérilité est un problème difficile à contrôler et à résoudre.
Il est essentiel de ne pas perdre de vue non plus le risque que les personnes effectuant ces opérations rencontrent dans la pratique de leur art et qui se rapproche de celui encouru par les professionnels de la santé ; pratiques dans lesquelles le sang ou les sécrétions muqueuses sont susceptibles de contaminer ou d'être transportées par leurs mains vers une autre personne.
On devrait vivement conseiller à ces professionnels de recourir aux précautions dites universelles (port de gants à usage unique changés après chaque client, lavage des mains, évacuation des objets coupants et piquants dans des conteneurs ad hoc, évacuation des déchets médicaux avec incinération de ce qui peut l'être). Ces personnes devraient être également clairement averties du risque infectieux qu'ils encourent et de ceux qu'ils font encourir à leurs clients.
Il convient aussi de réfléchir à la manière de prévenir le client de la raison de ces précautions et du risque résiduel existant.

Il est important de se rendre compte que le tatouage [est associé] à un risque de transmission virale suffisamment important pour inquiéter les centres de transfusion. Il faut en tous cas avertir les candidats au [...] tatouage qu'ils devront désormais toujours déclarer avant tout don de sang qu'ils ont subi ces opérations [...]. Il faut également les avertir qu'ils risquent de se voir refuser leur don durant une période déterminée.
Outre le risque viral, il convient de rappeler :
- le risque bactérien, provenant de l'introduction profonde de bactéries présentes sur la peau, sur les ustensiles, ou dans les colorants et autres solutions.
- le risque de réactions allergiques de la peau, notamment contre des ingrédients souvent présents dans les encres, colorants [etc.]. [...] le chrome et le cobalt (et leurs sels) peuvent être associés aux réactions allergiques, comme d'ailleurs de nombreux colorants organiques.
Il est vrai que si on veut atteindre un risque zéro, il vaut mieux proscrire tout [tatouage]. C'est infaisable.
Il s'avère que ces pratiques ne sont pas davantage sécurisées dans d'autres pays [...]. On ne peut pas médicaliser et réglementer tout à l'extrême. De nombreux avertissements et recommandations partiels existent, pour qui veut bien en prendre note et les suivre.

En conclusion, le Conseil Supérieur d'Hygiène insiste donc fortement à ce que toute personne désirant subir ces opérations et manipulations particulières soit clairement et complètement informée par l'exécutant de l'ensemble des éléments repris dans le présent avis (informed consent, consentement éclairé).”

Source :
Conseil Supérieur d'Hygiène (Belgique)

Page modifiée le 22/12/2008 (mise en ligne le 15/12/2002)
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